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La Mécanique et ses Applications : les pionniers de la zone artisanale

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En tant que doyen de la zone artisanale, je voudrais tout d’abord saluer les initiatives de l’équipe municipale de me donner l’occasion de m’exprimer à travers cet article et la démarche de réunir commerçants et artisans afin de nous permettre d’évoquer nos besoins, nos craintes et nos vœux pour le développement de nos activités.

En effet, pour que notre commune conserve son école, sa maison médicale, sa pharmacie…. l’ensemble de ses services ; les commerçants, les très petites et les moyennes entreprises sont indispensables pour la vie économique de notre ville.

Aussi, je trouve navrant que des pétitions circulent ou des procès soient faits pour que les activités des uns, installés depuis deux à plusieurs générations, n’empêchent pas de dormir les estivants, citadins de passage !

Etranger dans la commune, natif de Badefols d’Ans, je me suis installé à Rouffignac le 1 juillet 1984 avec une caisse à outils et un petit savoir faire transmis au cours de dix années de tour de France par les Compagnons du Devoir. M. René Delcombel m’a cédé sa clientèle en mécanique agricole et loué un local dans le bourg, occupé actuellement par les ateliers municipaux. L’activité plomberie a été reprise par M.et Mme Gérard Thomas.

Mon épouse Anne, militante active avec Arlette Chenour de l’association des Femmes d’Artisans de Dordogne pour la mise en place du statut de conjointe collaborateur et la formation spécifique du brevet de conjoint collaborateur artisanal ou BCCEA , m’ayant rejoint ; nous sommes orientés très vite, vers la mécanique poids lourds. Nous avons embauché un jeune plazacois et nous avons du trouver une solution pour être en règle avec la législation du travail car ce local ne comportait ni point d’eau ni sanitaire et la propriétaire ne voulait pas faire de frais. De plus, le bruit des engins dérangeait le voisinage.

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Le banquier, qui avait refusé de me prêter lors de mon installation quelques années plus tôt, nous faisait désormais confiance. Alors, nous avons prospecté pour trouver un terrain ou un local à Montignac, mal en point après le départ de Panoxyl, Boulazac, en plein développement de la zone industrielle, et Sarlat. Mais, nous avions oui dire que la création d’une zone artisanale avait été envisagée par la municipalité rouffignacoise depuis des années. Nous avons donc demandé à Monsieur le maire, Jean-Gérard FAURE, de statuer sur ce dossier, sinon nous quittions la commune. Le conseil municipal a acheté une terre agricole au lieu dit les Farges à M. Léon Bardet, propriétaire du château du Cheylard. Un lot de 2000 m2 nous a été rétrocédé dans l’état au prix de 20,00 Francs le m2 en 1987.

Pionnier certes ! Le transformateur électrique étant situé de l’autre côté de la route D6, nous avons eu le privilège d’assumer pour 50% les frais de branchement électrique de la toute nouvelle zone artisanale. En compensation, la municipalité a fait goudronner une partie de notre cour après notre installation dans notre nouvel atelier le 01 juillet 1988 …

L’entreprise de maçonnerie VIDAL a crée un dépôt sur un autre lot, puis la SOCAVE de Vergt a fait construire un bâtiment avec frigo pour réceptionner les fraises des producteurs locaux. Pendant une dizaine d’années, nous nous sommes sentis seuls et isolés car la zone n’était pas viabilisée comme vous la connaissez actuellement. L’éclairage public et la voirie date de début 2008. La société Alcal Chimie, la coopérative agricole, la déchetterie,…. se sont implantés. Certains ont disparus et ont été remplacés. Nous avons continué notre petit bonhomme de chemin malgré les embuches (vent fou, incendie, tempête,….)

Cette installation sur la zone nous a permis de développer le dépannage des engins de travaux publics, forestiers, l’activité de construction mécanique de machines spéciales et inédites dans le domaine agricole ou du T.P, de nous spécialiser en hydraulique. A la demande du conservateur des monuments historiques, nous avons restauré les machines des forges de Sévignac-Lédrier en collaboration avec Alcal Chimie. Après la tempête de 1999, nous avons participé au développement de machines pour les réseaux enterrés E.D.F ou PT.T, etc… etc…. Notre savoir faire a dépassé les frontières du département.

En 1992, nous avons signé un contrat d’exclusivité pour le service après vente et les pièces détachées France avec un fabricant des Pays Bas de machines pour le recyclage du papier BOLLEGRAAF RECYCLING MACHINERY. Depuis une quinzaine d’années, nous avons progressivement orienté et concentré notre activité dans la réparation, la maintenance ou la conception et la fabrication de machines destinées au recyclage et au traitement des déchets. De nombreux constructeurs européens espagnols, Italiens, allemands, anglais, irlandais er dernièrement slovène (il n’existe plus de constructeur français) nous ont fait appel pour le montage de leurs machines, la formation des opérateurs, les modifications sur site, les dépannages, la vente de leurs pièces détachées. Nous intervenons à Dunkerque, Perpignan, Brest, Charleville-Mézières, Vesoul …. Paris et ailleurs.

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Parallèlement, à la demande de nos clients, et parce que les industriels sont réticents pour réaliser des machines unitaires ou en petites séries, nous avons conçus et fabriqués une gamme de matériel dont les procédés innovants sont protégés par des brevets européens ou des enveloppes Soleau. Nous avons reçu plusieurs récompenses « Les Alénors d’Aquitaine ». Depuis quelques années, nous exposons au salon international de l’environnement POLLUTEC à Lyon et récemment à Paris.

En 2010, nous avons procédé à l’extension du bâtiment selon les normes HQE (haute qualité environnementale) et crée un bureau d’études où notre fils Bertrand-Elie, qui nous a rejoint, peut exprimer toute sa créativité et intégré dans les machines les technologies actuelles.

Aujourd’hui, l’effectif de l’entreprise varie de 5 à 8 personnes. Nous ne pouvons répondre à toutes les demandes de nos clients et rencontrons d’immenses difficultés pour recruter du personnel. Les causes ? Notre métier demande des compétences en mécanique bien sûr mais aussi en hydraulique, électricité, automatisme, soudure…Depuis une vingtaine d’années, les formations professionnelles ne correspondent plus aux exigences de nos métiers et les jeunes orientés vers les professions manuelles n’ont pour la plupart aucune motivation. Nous sommes donc obligés de former notre personnel et nous sommes confrontés régulièrement à d’immenses déceptions. De plus, les déplacements aux quatre coins de l’hexagone sont un frein à l’embauche pour la plupart des salariés en couple.

Il nous est difficile de résumer en quelques lignes 30 ans d’activité. Beaucoup d’énergie dépensée, des joies certes, des désillusions aussi, peu ou pas de soutien des municipalités précédentes. Jusqu’à oublier les entreprises de la zone pour la signalétique ! Pourtant une zone artisanale est importante pour une commune rurale. Les aspects mesurables sont la création d’emplois, les aspects non mesurables sont les synergies interentreprises, les livraisons plus régulières par les transporteurs, les aménagements pour l’accessibilité...

A une époque où les start up et les réussites virtuelles sont encensées par les médias, une phrase de mon père menuisier me revient à l’esprit « Petit, grandit sur tes échecs. Que tu fasses des copeaux de bois, des copeaux de fer ou que tu écrives des livres, peu importe. L’essentiel est que tu puisses chaque soir être fier de ton travail et surtout pas orgueilleux »

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